Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 17:56

Ecrire

 

L'envie d'écrire m'est venue quand j'ai perçu le pouvoir des mots, qui n'a cessé de se confirmer.

Les mots sont impalpables, évanescents. Aucun mot ne se laisse toucher, capturer. Ils ne sont que des voix qui s'envolent, que des lignes d'encre sans relief, sans texture. Et pourtant, ils savent comme nulle autre chose émouvoir, séduire, réconforter, convaincre. Les mots sont inoubliables. Comme les grains de sable qui vont se nicher à d'improbables endroits après le jour de plage et qui échappent aux frottements des serviettes et au jet de la douche, ils continuent à gratter longtemps, longtemps. Nous sommes des êtres de mots, pétris dans ceux qui nous ont blessés, galvanisés par ceux qui nous ont encouragés. Les mots sont les meilleurs alliés de ceux qui les maîtrisent, ils sont une arme de destruction massive quand ils savent rendre crédibles les illusions. Enjôleurs, hypnotiques, plein de promesses, ils sont les pires couteaux si on les choisit bien tranchants. Ils deviennent les pires ennemis de ceux qui les délaissent, qui ne sachant ni s'exprimer ni se défendre, seront la proie des orateurs.

Mais cette surpuissance peut aussi être celle du bien. J'ai commencé à écrire quand j'ai eu besoin des mots pour oublier, pour m'évader ou pour comprendre, pour crier plus fort. Pour être les fils tendus vers le ciel de mon imagination, les dépositaires jamais las de toutes mes colères. Les mots n'ont pas d'heures, pas de limites. Ils acceptent tous les scénarios, ne disent jamais non. Je peux les donner à lire comme jamais on ne donne son âme ou son cœur. Mes mots sont bien plus que tout cela. Ils sont bien plus vrais que moi. Parce qu'ils sont ce que je suis, ce que j'espère, que je redoute, mais aussi ce que je construis, ce que j'invente, que je brode, que j'embellis. C'est la vie en pire, la vie en mieux, une autre histoire que la seule que je dois vivre, c'est mon ciel ouvert sur les possibles et les toujours. Et ces mots-là quand je les offre, on me répond qu'ils sont l'écho d'autres âmes, qui n'auraient pas su se dire. Alors ils sont cadeaux. J'écris pour donner davantage, pour atteindre ce que chacun a de plus beau, de plus caché. J'écris pour ces émotions-là qui sont le sel de la vie, on ne cherche rien d'autre au fil des jours que cette vibration intime: rire, pleurer, trembler, aimer, rêver. Les mots sont doués pour ça. Ils sont comme de l'eau, ils pénètrent là où rien d'autre n'a pu s'immiscer. Bulles de soleil dans les cieux gris, miroirs si clairs dans les torrents de mensonge, éclats de souvenirs, mots de mes maux, vous êtes ce que j'ai de plus beau.

Vous êtes les livres vénérables des bibliothèques, les pages abondamment raturées de Balzac dans les vitrines de Saché, les longues lignes de Proust sur la plage de Cabourg, vous êtes pour toujours les plus belles histoires, les mineurs révoltés de Zola, l'amour torturé d'Ariane et Solal, vous êtes l'image du monde à travers les siècles, les hommes et les héros qui ne disparaissent pas. Métaphores troublantes, assonances musicales, euphémismes délicats, vous êtes l'art de dire et souvent l'art d'aimer.

 

J'aime passionnément lire et écrire car j'ai compris que grâce aux mots je n'aurai pas qu'une seule vie. Depuis, je grave ma devise sur tous les murs, tous les cahiers:

Je ne refuse rien du tout, sauf évidemment que la vie ne soit que ce qu'elle est. Il faut qu'il y ait autre chose. Même si on doit l'inventer.

Et j'écris…

 

Par Audrey VENIEN - Publié dans : Ecriture personnelle
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Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 09:58

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2011 s’achève et à l’heure où l’on se retourne pour la regarder tout entière, j’ai l’impression qu’on ouragan a passé sur ma vie… Tout a changé, décembre ne ressemble plus à janvier, rien ne sera plus jamais pareil. Je tiens à dire à tous ceux qui m’ont présenté leurs « meilleurs vœux » il y a douze mois, que le meilleur est en effet arrivé. 2011, l’inoubliable année du Grand Chelem.

J’ai changé de voiture, de maison, de lycée, de ville, de département, de région. Le 28 juin, vers 18 heures, une trop longue page s’est enfin tournée. Une page de 2933 jours. Oui, quelquefois, on compte les jours.

Après des mois d’émotions dignes des montagnes russes, chaque victoire a eu un ineffable goût.

On m’a rendu le Sud, et c’est tout ce qui me manquait.

 

Et pourtant à l'heure d'écrire de nouveaux vœux, je me rends compte qu'il m'en reste et c'est tant mieux. Est malheureux celui qui a fini de rêver.

 

J’aimerais d'abord que les vœux de ceux que j’aime se réalisent maintenant. Un grand amour, la guérison, un travail, une réconciliation. J'ai envie de partager votre joie comme vous avez partagé la mienne cette année.

 

Je voudrais aussi que le monde arrête d’être aussi haïssable. Que l'individualisme ne nous enferme plus derrière des hauts murs et des écrans, que l'argent ne soit plus la valeur suprême qu'il est devenu au mépris de toutes les autres. Je ne veux plus entendre chanter pour les restos les hypocrites qui payent leurs impôts en Suisse. Qu'on cesse de toujours culpabiliser les mêmes en les priant de faire des efforts pour sauver le monde de la misère et de la faim en donnant ce qu'ils n'ont plus pour eux-mêmes, pendant qu'on distribue à la loterie nationale des sommes indécentes à un seul homme, ou qu'on "rembourse" à la femme la plus riche de France les millions qu'elle n'aura jamais assez de vies pour dépenser. Que l'on cesse de nous rebattre les oreilles avec bonnet banc et blanc bonnet qui se chamaillent l'Elysée pour finalement laisser des êtres humains dormir dehors pendant qu'ils s'offrent des suites à trente huit mille euros la nuit. Je souhaite que les misérables qui paradent sur les plateaux de télévision avec leurs cravates haute couture et leurs arguments aiguisés à la mauvaise foi cessent de nous prendre pour des imbéciles qu'on manipule à coups de grandes promesses qu'on ne tient jamais. Je souhaite que ce soit le bon Dieu qui se présente à la présidentielle et qu'il nous ramène la dignité et l'humanité. Parce que ce que je redoute le plus en 2012, c'est le défilé d'affiches et de discours de ceux dont on découvrira bientôt les travers et les malversations, et que la justice aussi corrompue qu'eux n'atteindra jamais. J'en ai assez d'avoir la nausée en regardant le monde, qu' aucune révolution n'a encore remis debout quelles que soient les têtes coupées, d'avoir honte de ces puissants qui affichent à leur boutonnière la décoration suprême, capitaines aveugles et inconscients d'un bateau qui coule. Légion du déshonneur.

 

Je voudrais vous souhaiter autre chose que le minimum vital, qui est ce que l'on ose à peine espérer quand on voit tous ceux qui ne l'ont même pas. Ne réduisez pas vos rêves et vos espoirs, demandez le meilleur et l'impossible, le plus beau n'est réservé à personne. Soyez certains d'y avoir droit. Je vous souhaite l'amour, l'amitié, la liberté, le rire, la passion, des voyages, des découvertes, des rencontres, des surprises, des fêtes, des succès. Je vous souhaite de trouver chaque jour que la vie est belle.

 

Et si j’osais demander encore quelque chose pour moi, ce serait l'inspiration pour écrire encore et encore…

 

J’aimerais tout simplement que l’ange qui a veillé sur moi cette année ne me quitte jamais. 

 


Par Audrey VENIEN - Publié dans : Ecriture personnelle
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 18:30

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Un jour, quelqu'un m'a dit que je lui avais écrit des mots empruntés à Cabrel: Quand j'aime une fois, j'aime pour toujours.

 

Alors j'ai réalisé à quel point c'était vrai, à quel point cette phrase me définissait complètement. J'avance, je construis, mais j'emmène tous ceux que j'ai aimés avec moi. Je ne sais pas les oublier. Je ne sais pas être l'amie d'un temps, d'une époque, je suis l'amie d'une vie. On se perd de vue parce que la vie nous attire de-ci de-là, on se croise sur la route et puis on s'éloigne. Mais moi je n'oublie rien. Je me souviens de vos noms, de vos adresses, de vos dates de naissance, tout ce que vous m'avez raconté et que parfois vous-mêmes vous avez oublié. Les années et l'absence n'ont pas de prise sur mes sentiments, quand vous avez compté une fois, vous comptez pour toujours.

 

Je suis de celles qui cherchent des années plus tard à vous revoir, qui interrogent les annuaires, les moteurs de recherche, ou vos parents, pour savoir ce que vous devenez. Comme c'est toujours moi qui suis partie, j'ai longtemps cru que vous, vous m'oubliiez. Mais en vous retrouvant, j'ai compris avec émotion que vous aussi vous vous souveniez. De nos fous rires, de nos bêtises, de nos amours même trop courts, de nos larmes et de nos secrets mal cachés. Oui longtemps j'ai cru qu'après être passée quelque part, après que mon père m'en reprenne pour aller vivre ailleurs, je m'effaçais. Parce que les contacts s'effacent, que le temps grignote tout. Il grignote oui, mais il n'en vient pas à bout. Simplement parce que je me souviens. Une copine dans la cour de récréation, une mobylette devant une cabine téléphonique, une glace au chocolat blanc, une chanson pour se dire adieu, des petits mots sur les agendas, les maudits quais de gare, une baignade de nuit, une discothèque survoltée par une musique italienne, un fou rire sous la Tour Eiffel, parce que tout a commencé comme ça, parce que c'est ce que j'ai de plus beau, les moments forts de mon histoire c'est vous, alors c'est comme ça, je les garde, la vie ne me les prendra pas.

 

Même si je ne dois jamais vous revoir, même si vous avez choisi de ne plus me connaître, même si on sera toujours trop loin, même si vous vous n'y pensez plus, je garde les images, les dates, les photos, et même les émotions, elles sont toutes là dans mes bagages. Je suis revenue. Mon mari a fait pour moi ce qui comptait le plus au monde, il m'a ramenée ici. Alors on se reverra peut-être, ou peut-être pas. Vous êtes le passé, et j'ai un si beau présent. Mais si vous y voulez bien une petite place, sachez que vous l'avez toujours. Si j'ai autant de mémoire, c'est que j'ai été immensément heureuse avec vous et que tout ça, ça vaut la peine de s'en souvenir. On ne retrouve rien, les jours anciens ne reviennent jamais. On n'aura plus jamais quinze ans, rien ne sera aussi pur qu'à vingt. On a grandi, souffert parfois, on a appris beaucoup, même des choses dont on se serait passé. On ne retrouve rien, on continue simplement. Alors je continuerai à vous aimer, pour tous ces moments passés qui nous ont construits, pour ceux qui viendront encore peut-être, parce que vous êtes des gens bien, vous êtes mon histoire, ma route, ma vie. Tant pis pour ceux qui ne l'ont pas compris, qui ne le sauront pas, ça ne leur manquera sans doute pas. Tant mieux pour ceux qui le liront et qui se reconnaîtront.

 

Quand j'aime une fois, j'aime pour toujours.

 

 

 

 

 

Par Audrey VENIEN - Publié dans : Ecriture personnelle
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Samedi 8 octobre 2011 6 08 /10 /Oct /2011 13:40

Cette nouvelle a fait partie de la première sélection du concours littéraire 2009 de la ville de Talange (36 textes sur 287).

 

 

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Quand la sonnerie a retenti, il a sursauté. Il la connaissait bien, pourtant, cette sonnerie qui a rythmé de sa stridente régularité les heures de sa vie dans cette classe. Vingt ans. Il a passé vingt ans ici, à user les lattes du parquet de ses sempiternels mocassins, et sa voix aujourd’hui un peu brisée à force d’expliquer, de répéter, de gronder. Quand il regarde les chaises vides que les collégiens impatients de retrouver la liberté de la cour n’ont pas remises en place, il voit défiler un kaléidoscope de visages. Rachel, Jean, Marion, Estéban, Caroline… Il n’en a oublié aucun. Quelquefois quand il croise l’un de ces élèves devenu adulte, il ne manque pas de le surprendre en lui montrant qu’il sait toujours son nom. C’est bien grâce à son époustouflante mémoire qu’il est devenu professeur. Les dates des batailles, les noms des épouses des rois, les chefs-lieux de tous les départements français s’imprimaient en lui comme de l’encre indélébile sur le papier . Avait-il choisi la facilité ? Non, il avait choisi l’évidence. Il devait enseigner. Il se souvient avec quelle légitimité il était entré dans sa première salle de classe. Droit, serein, confiant. Ferme, déterminé. Sûr de son savoir et guidé par la passion qu’il en avait, par son envie de leur raconter les épisodes brûlants de l’Histoire, de leur montrer le monde sous toutes ses frontières et ses reliefs. Pour leur donner le goût d’apprendre, de savoir, le goût de découvrir. « Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours. » Il avait écrit ces mots de Gandhi au-dessus de son tableau pour confier à ses élèves la mesure de son engagement, le sens de sa présence auprès d’eux. Mais ses élèves ne savaient pas lire ces mots-là.

Il s’était promis de ne pas être ému en quittant les murs la salle 12 du bâtiment A qui lui était dévolue depuis des années, et dans laquelle échouait de temps à autre un professeur de français contraint de cohabiter avec les planisphères et les frises chronologiques. C’est lui qui l’avait décorée à sa guise. Il avait rapporté de Versailles la lithographie de Louis XIV et de Chambord la photographie du château de François Ier, il avait fait agrandir la couverture du roman « Si c’est un homme » de Primo Levi pour que les visages des prisonniers d’Auschwitz ajoutent l’émotion de l’indicible à ses mots de pédagogue. Il ne décrochera rien. Le jeune enseignant qui le remplace dès lundi prochain a admiré ce décor, ces visages de l’histoire qui se font face d’un mur à l’autre et se jettent à travers les siècles les mêmes regards conquérants ou éperdus. De toute façon, il n’en aura plus besoin. Pas d’émotion, donc. Il ne part pas à la retraite avec la nostalgie du vieux maître d’école qui essuie une dernière fois le tableau noir. Il n’est pas renvoyé de son poste pour une maladresse qui lui aurait coûté son rêve. Son rêve, c’est lui qui y renonce. De son plein gré, ou presque. Sans regret, ou presque. Juste peut-être le goût amer de la déception. Sa flamme a fini par s’éteindre sous le froid de l’indifférence de son public. Etre professeur, ce n’était pas que raconter ardemment des histoires.

 

Il avait fallu aussi contraindre les esprits inattentifs et rêveurs à écouter son discours, sanctionner les devoirs non faits des paresseux, administrer aux cancres d’épouvantables notes, noircir des bulletins de remarques parfois acerbes, et surtout, chaque jour, affronter les mines grises d’ennui d’adolescents uniquement préoccupés de flirts ou de marque de téléphone portable. Bien sûr, le tableau n’était pas si sombre. Il y avait eu aussi les conversations animées avec quelques férus d’histoire ou de politique, les élèves vaillants qui levaient vers lui un regard mouillé de fierté quand ils décrochaient une bonne note arrachée à force de travail, les éclats de rire au cours des sorties culturelles, les petits mercis gribouillés sur des lambeaux de papier à la fin des années scolaires, quand ces enfants devenus grands avançaient d’un pas de plus vers leur avenir. C’est pour eux qu’il avait tenu si longtemps. D’ailleurs, ils les aimaient tous. Jusqu’à la moindre canaille convoquée au conseil de discipline. Mais aujourd’hui il ne voulait plus, il ne pouvait plus être celui qui impose, ordonne, oblige. La désaffection et l’indolence adolescentes avaient eu raison de ses raisons d’être là.

Il aimait commencer ses cours par des questions. Laisser les élèves s’interroger, supposer, éveiller leur curiosité. Pourquoi les égyptiens construisaient-ils des pyramides ? Comment a-t-on découvert que la terre était ronde ? Pour quelle raison Louis XIV a-t-il choisi de quitter Paris pour Versailles ? Quand il lui a semblé que les réponses ne les intéressaient plus, il a douté du bien-fondé de sa présence devant eux. Les bâillements, les ricanements, les bavardages bruyants, les propos insolents lui sont peu à peu devenus insupportables. Ils l’ont rendu triste. Proposer une sortie scolaire, la préparer des soirées durant, choisir les modules les plus attrayants, le spectacles les plus remarquables, et s’entendre dire à l’annonce du voyage « On va louper quels cours ? » Non. Signaler lors du passage du car la présence d’un fleuve ou d’un château sur la droite et entendre répondre : « Ouais et alors ? » Non. Il se souviendra toujours des yeux narquois auréolés de fard de Juliette, de ses chuchotements ironiques qu’il entendait trop bien : « On s’en tape… » Trois fois non. Et puis ce matin d’avril où, parce qu’il avait cherché ses clés de voiture, il est arrivé un peu en retard, suffisamment pour que ses élèves l’espèrent absent, et où, essoufflé d’avoir couru, il avait été accueilli par des « Oh non, il est là… » Rideau.

Quand Paul, son beau-frère, lui a proposé de s’associer à lui pour monter sa compagnie d’assurance, il s’est dit « Voilà exactement ce qu’il me faut : des chiffres, du concret, des adultes. Des gens qui auront besoin de moi, qui souhaiteront que je sois là, qui me solliciteront sans bailler, qui parleront poliment. J’y vais. » Il a donné sa démission. Il a rédigé cette lettre qui lui aurait auparavant semblé inadmissible et inconcevable. Démissionner, c’est un acte ingrat. C’est signer un échec, baisser les bras, jeter l’éponge, tout ce qui n’était pas du tout son genre. Pourtant il l’a écrite sans ciller, sans s’apitoyer. Déterminé, toujours. Parce que c’était encore moins son genre de déprimer dans une classe où il sentait que sa mission s’était achevée, juste pour la facilité confortable d’un salaire de fonctionnaire et de vacances fréquentes. Parce qu’il n’avait que quarante-cinq ans, de l’énergie et des aspirations. Parce que l’échec, enfin, aurait été de rester à une place qui n’était plus la sienne.

S’il a sursauté en entendant la sonnerie, c’est juste parce qu’elle ne marquait pas seulement la fin d’un cours, la fin d’un jour, mais la fin d’une longue partie de son existence. C’était un glas, celui de sa vie de professeur d’histoire-géographie. Mais il est sorti sans trembler, c’est à peine s’il a jeté un œil sur l’impassible Louis XIV dont il emportait l’histoire avec lui. Mais à quoi donc allait lui servir tout ce qu’il savait maintenant ?

 

En marchant dans la rue, il balance sa sacoche vide pour s’assurer de sa légèreté. Plus de manuel scolaire, de carnet de notes, de trousse à stylos rouges. Il a tout laissé dans son casier pour son successeur et a lui-même décollé l’étiquette qui portait son nom. C’est drôle, il a même un peu de colle sur les doigts, comme si une étiquette ça ne s’enlevait pas comme ça. Ainsi, il n’est plus professeur. Il est assureur. Avant, il pensait assurer l’avenir des élèves, aujourd’hui il assure contre les catastrophes. A y regarder de près, c’est presque pareil. Mais plus jamais de copies à corriger, de conseils de classe, de réunions parents-professeurs. Adieu la salle 12, la salle des profs, le CDI. Il n’est plus professeur. Il faut qu’il le répète plusieurs fois. Pour bien y croire. Il ne posera plus de questions à ceux qui ne s’intéressent pas aux réponses.

Ce soir, son beau-frère célèbre l’inauguration du cabinet d’assurance. Paul s’est occupé de tout le temps que son futur associé rende ses dernières obligations à l’éducation nationale. Il passe simplement chez lui pour changer de tenue, pour se transformer en assureur. Il noue sa cravate sur sa nouvelle chemise , ajuste le col de sa veste. Il regarde ses chaussures. Il devra penser à en acheter une nouvelle paire. Autres chose que des mocassins.

Le hall fraichement repeint du nouveau cabinet bourdonne de conversations animées. On dirait une cour de récréation. Il se sent plutôt à l’aise, élégant, portant à ses lèvres sa flûte pétillante. Au collège, on ne servait que du jus d’orange. Il a vigoureusement serré des poignées de main, co-admiré le design net et futuriste des bureaux, et même signé quelques paperasses de son beau stylo noir. Il s’éloigne un instant vers la baie vitrée pour admirer la ville qui s’étale en contrebas, et savourer cette sensation neuve d’être un peu un maître du monde.

Lorsqu’il se retourne, il aperçoit la fille de la secrétaire qui a sûrement accompagné sa mère à l’inauguration bon gré mal gré. Elle doit avoir douze ou treize ans. Accroupie sur une marche d’escalier, elle boude visiblement en mâchonnant un crayon à papier. Elle a posé sur ses genoux un livre ouvert qu’elle ne regarde pas et rêve dans le vide en tortillant une mèche de ses cheveux. Instinctivement, il se rapproche d’elle pour examiner les pages du livre. C’est un manuel d’histoire, qui la captive moins que le jeune homme aux yeux bleus qui a l’air de s’ennuyer autant qu’elle à l’autre bout du hall, mais qu’elle n’ose pas aborder parce qu’elle ne le connait pas. Alors, notre assureur s’assoit auprès d’elle sur la marche de l’escalier.

-«Tu sais pour quelle raison Louis XIV a quitté Paris pour Versailles ?»

L’évidence…

Par Audrey VENIEN - Publié dans : Nouvelles
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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 21:12

Voici une nouvelle que j'ai écrite en 2007, inédite sur le blog.


Post-scriptum 

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Une fois de plus ce soir, je suis seul face à mon ordinateur.

 

Sa lumière aveuglante dans le bureau noir et le cliquetis des touches sont ma seule compagnie. Comme chaque soir, en rentrant du boulot dans l’appartement vide, je l’ai allumé tout de suite, avant même de quitter mes chaussures, avant d’avoir posé mon écharpe, pour que le ronflement de sa mise en route rompe le silence et pour que sitôt à l’aise, cravate dénouée et jetée sur le canapé, les pieds dans mes charentaises, je puisse consulter mes messages. Pitié, faites qu’il y en ait…Faites que quelqu’un ait pensé à m’envoyer n’importe quoi, une blague nulle, un bulletin météo, une promo de la FNAC, n’importe quoi mais pas rien, surtout pas l’écran vide qui annonce platoniquement « Vous n’avez aucun message. »

 

Bien sûr, Stéphanie ne m’aura pas écrit. Depuis qu'elle est partie, en emportant juste ses fringues, sa brosse à dents et Kalou, notre caniche noir, elle n’a jamais écrit. Elle a raison, c’est inutile, il n’y a vraiment plus rien à dire. J’ai trente-deux ans, toutes mes dents, un job parfait, un compte en banque rempli, mais mon cœur et mon lit sont vides à pleurer. C’est pitoyable, mais je ne pleure pas. Stéphanie, ou avant elle Sandra, Béatrice, Julia, c’était du pareil au même. Des filles belles, intelligentes, pas trop chiantes, des bons coups, mais je ne crois pas pouvoir dire en avoir aimé une seule. Il est là mon problème, je les amène dans mon lit, dans ma vie, mais dans mon cœur il n’y a pas de place, et quand elles le comprennent elles s’en vont. Ma mère ne désespère pas, « Beau comme tu es et avec ta situation, tu trouveras une petite femme, Hugo, ce n’était pas la bonne, c’est tout. » La bonne. Elle en a de bonnes, ma mère. Je les aime bien, les filles, mais quand elles parlent de mariage ou d’enfant, je suis aux abonnés absent. Je ne m’imagine pas avec l’une de ces filles pour la vie. Mes potes sont presque tous mariés. Je suis hermétique à cette idée. Alors voilà, une par une, elles sont parties, je les ai laissées partir et quand je rentre chez moi je me précipite devant mon PC pour oublier que je suis seul.

 

Bon, alors, est-ce que j’ai du courrier ?

 

Je n’ai reçu que des courriels impersonnels transmis de boîte en boîte sans y ajouter le moindre mot, des diaporamas qui vous menacent des pires maux si vous ne les faites pas suivre à au moins neuf destinataires dans les vingt secondes, et des blagues de cul, les préférées de ce pauvre Daniel à qui j’aurais mieux fait de ne pas donner mon adresse…Rien qui ne vaille la peine de transmettre à mon tour à la kyrielle de noms de mon « carnet » virtuel. Pourtant j’ai envie d’écrire, d’avoir quelque chose à dire, à envoyer. Je m’amuse à imaginer combien de personnes lisent tous ces courriers transmis, que chacun envoie à presque toutes ses connaissances, il me semble que ça fonctionnerait bien pour un avis de recherche, « Maxime Dupontel recherche Sophie Dufour de la Terminale L du lycée Balzac de Nogent année 1990/1991 pour terminer discussion inachevée le 30 juin sur le parking, merci de transmettre à toutes vos connaissances », et avec un bon tour de France , voire du monde, le mail pourrait par hasard ou par miracle arriver sous les yeux de Sophie…

 

Je tenterais bien l’expérience. Je n’ai pas de discussion qui soit restée inachevée, mais plutôt une histoire. En réalité elle n’a même pas commencé, sauf dans mes rêves. Cette histoire étrange qui n’eut pas de début n’eut pas non plus de fin. Je pourrais écrire la fin. Je pourrais écrire l’adieu que je n’ai pas dit, la page que je n’ai pas tournée. Ça pourrait changer ma vie, cette vie qui refuse d’avancer parce qu’elle est bloquée sur un manque affreux. Bien sûr, tout ceci est passé depuis des années, treize exactement, alors ce ne serait pas exactement une fin, plutôt un post-scriptum. Le mot qu’on ajoute après une lettre pour dire ce qu’on a oublié. Voilà, c’est ça, je vais t’écrire, Chloé, alors que je ne sais même pas où tu vis, je transmettrai ce mail à toutes mes connaissances, faites suivre SVP, et par hasard, ou par miracle, tu le liras. Il te trouvera sur la toile pour te dire ce que tu ne m’as pas laissé te dire il y a treize ans. Ce n’est pas notre histoire puisqu’elle n’a pas existé, c’est tout ce que tu n’as pas su, ou ce que tu savais, mais que je n’avais pas dit.

 

 

Je n’étais pas du tout le beau gosse que l’amour de ma mère a toujours idéalisé.

J’étais un vilain petit canard, timide, et manchot avec les filles. Perpétuellement dans l’ombre de Nicolas, mon inséparable binôme de l’internat, et tombeur de ces dames. A lui les jolies blondes de la classe et du café, à moi les rôles successifs de taxi, de facteur ou de chandelle. Jusqu’à Elle, ça m’était un peu égal. Jusqu’à Elle.

 

Je suis tombé amoureux en la regardant dans un rétroviseur. Est-ce la raison pour laquelle je ne sais plus regarder devant moi? Ce jour-là, tous les bus bordelais étaient encore une fois en grève, une catastrophe pour nous, lycéens internes à Bordeaux qui comptions sur eux pour nous ramener dans nos lointains villages, si petits qu’il n’y avait plus d’enseignement scolaire au-delà de la troisième. J’étais en première, je n’avais pas encore dix-huit ans, l’âge du sacro-saint permis de conduire qui m’aurait délivré d’un tribut pénible à la Société Girondine des Transports. Par chance, ce vendredi-là, ma bien-aimée maman avait été prise de sa mensuelle fièvre de shopping, et se trouvait donc à Bordeaux le jour où les cars n’y étaient plus. Grégory, troisième larron de notre bande de copains à faire ses études à Bordeaux, avait profité de l’aubaine, et avait poliment demandé à ma mère si elle pouvait ramener aussi l’une de ses amies, qui venait d’arriver à la fois dans son lycée et dans notre village de Sèvre. J’étais déjà installé à l’avant de la voiture quand ils sont montés derrière. Elle a juste dit bonjour, j’ai jeté dans le rétroviseur droit un coup d’œil qui a finalement duré une éternité. C’est au moment où on s’y attend le moins que les choses les plus extraordinaires arrivent. Elle est arrivée. Chloé. Comme ma mère est bavarde est curieuse, elle a harcelé l’inconnue des questions que je n’aurais jamais osé lui poser. Décidément, ma mère est une bénédiction. J’appris donc que le père de cette merveille venait d’hériter du Forestia, le petit hôtel de Sèvre, et de s’y installer, ce qui n’enchantait visiblement pas cette jeune parisienne, qui avait dû quitter en cours d’année scolaire sa maison près de Montmartre et ses amis. C’était pour cela qu’elle traversait la vitre d’un regard si mélancolique. Au début je n’ai vu que ça. Ses yeux. Ses yeux clairs comme de l’eau, comme des larmes, comme sa peine que je n’ai jamais pu consoler. Ses grands yeux bleu ciel ourlés de longs cils à peine maquillés. Voilà, elle ne m’avait même pas vu, même pas entendu, que déjà j’étais complètement fou d’elle, prisonnier de la douceur d’un regard que je n’avais même pas croisé.

A l’arrivée sur la place de Sèvre, elle a repris discrètement son sac, a remercié poliment, et s’est éloignée en direction du Forestia. Je l’ai regardée partir comme un nigaud qui n’avait rien trouvé à dire, hypnotisé par cette fine silhouette qui ployait un peu sous le poids du sac qu’elle portait sur l’épaule droite, par ces cheveux couleur de miel que le vent mélangeait négligemment.

Voilà, déjà je la regardais partir, déjà elle me tournait le dos.

 

 

Grégory a rapidement intégré Chloé à notre bande d'amis. Elle a vite fait l'unanimité, ce qui me permit de la croiser régulièrement. La croiser, sans oser l'approcher, si bien que je fus vite le seul à ne pas vraiment la connaître, ou à ne pas m'être fait connaître. Nicolas avait naturellement jeté son dévolu sur elle, mais la Belle lui résistait, prétextant un amour laissé à Paris, un mystérieux Anthony dont la séparation forcée la rendait triste, mélancolique. Elle nous souriait, partageait nos heures, mais on sentait bien qu'elle n'acceptait pas d'être là, elle en voulait à son père de l'idée saugrenue de quitter Montmartre pour le Forestia dont elle se désintéressait totalement, on sentait que son cœur était en exil.

 

Alors que je n'étais même pas sûr qu'elle ait retenu mon prénom, je passais, la nuit, sous sa fenêtre, mobylette éteinte, juste pour l'imaginer dormir. Je regardais clignoter la devanture rouge et blanche du Forestia où les moustiques venaient se prendre, ce petit hôtel que son père mettait tout son cœur à faire revivre et qu'elle considérait comme sa geôle. Je me disais que c'était lui qui me l'avait amenée, mais qu'à cause de cela, elle était malheureuse.

 

Et puis un soir, le hasard compensa mille fois mon manque d'audace. Lors du repas d'anniversaire de Louis, je me trouvai exceptionnellement assis à côté d'elle. Je ne sais plus quelles phrases mièvres je dus trouver pour engager la conversation, mais je me souviens que je la trouvai douce, pleine de grâce, et que je lui demandai après le dessert de m'écrire quelque chose sur la serviette en papier. Elle hésita un instant puis choisit les paroles de "L'Encre de tes yeux" de Francis Cabrel.

 

Puisqu'on ne vivra jamais tous les deux

Puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls, puisqu'ils sont si nombreux

Même la morale parle pour eux,

J'aimerais quand même te dire, tout ce que j'ai pu écrire,

Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux…

Je n'avais pas vu que tu portais des chaînes,

A trop vouloir te regarder j'en oubliais les miennes

On rêvait de Venise et de liberté

J'aimerais quand même te dire, tout ce que j'ai pu écrire,

C'est ton sourire qui me l'a dicté…

 

Je gardai précieusement le morceau de papier que je contemplais désormais chaque soir en écoutant cette chanson en boucle. Elle ne m'avait pas fui ce soir-là, elle ne s'était pas éloignée de moi pour parler avec les autres, elle m'avait souri, vraiment souri. C'était sûr, elle savait à présent qui j'étais. J'étais qui, moi? Hugo, l'insignifiant Hugo, l'escargot qui avait approché une étoile. Et avec ma serviette en papier gribouillée et froissée, je me croyais le roi du monde.

J'aurais dû me méfier d'une fille qui commençait par me dire qu'on ne vivrait jamais tous les deux…

Je n'avais pas vu qu'elle portait des chaînes.

 

 

Elle n'avait pas le permis de conduire. Elle fuyait les avances insistantes de Nicolas qui ne renonçait pas à elle, rendu fou par cette première gazelle qui osait lui résister.

C'est donc grâce à ma 205 d'une part, enfin obtenue quelques semaines après ce permis bénit, et à ma discrétion d'autre part, cette timidité maladive qui me faisait paraître inoffensif, que je devins son chevalier servant. Enfin, surtout servant. Je l'emmenais où elle voulait. Faire les boutiques à Bordeaux, où j'appris à patienter devant le rideau des cabines d'essayage pendant qu'elle hésitait entre deux couleurs de maillot de bain. A la patinoire, à la piscine, en discothèque. A la bibliothèque, au stade, au tennis-club, où Stéphane, le moniteur, la draguait ouvertement. Mais elle reculait, se cachait derrière moi, et il devait baisser les bras. Ma fierté était sans bornes. Le beau Stéphane devait capituler devant moi. Je n'avais pas le droit de l'aimer, puisqu'elle fuyait tous ceux qui avaient cette prétention, mais je la protégeais. Elle ne tarda pas à prononcer les mots "grand frère" qui me confinaient définitivement à ce rôle platonique, qui muselaient à jamais tout ce qui m'étouffait dedans. Et je l'acceptais.

Les copains, Nicolas en tête, se moquaient de moi.

Elle te prend pour son larbin, elle se fout de toi, c'est juste pour la voiture, tu l'auras jamais, qu'est-ce que tu crois.

Moi, je crois ce que je vois. Et ce que je vois, c'est qu'elle arrive avec moi, et qu'elle repart avec moi. Je sens son parfum dans ma voiture quand elle est partie. Toute la semaine, j'écoute les chansons qu'elle écoute le week-end. Et toutes les chansons me parlent d'elles.

 

Un goût d'alcool déchire ma peau

Tous mes bateaux portent ton drapeau

Tu as brûlé mes avions de papier…

J'avais envie de faire mon ciel dans ton enfer

Ça me rend fou, je crois, le blues de toi…

 

Les autres disent qu'elle me manipule, qu'elle m'enjôle, qu'elle sait très bien ce qu'elle fait.

Moi je vois que parfois, quand on regarde tard des DVD, elle s'endort sur mon épaule. Je ne l'aurai peut-être jamais, mais je la frôle, je la respire, je peux même la prendre dans mes bras.

Les autres disent que c'est l'enfer.

J'avais envie de faire mon ciel dans son enfer.

 

 

Je souffrais, torturé consentant, mais je n'avais pas encore connu le pire.

En semaine, je lui envoyais des cartes postales à l'internat. Des cartes avec des mots aussi ordinaires que moi, et parfois des post-scriptum plus courageux "Je t'aime " "Je t'adore" "Tu me manques" que j'effaçais aussitôt pour les remplacer par un timide "A vendredi soir". Je crois qu'elle les collait sur la porte de son armoire. La vérité était sur la dernière ligne, celle qui n'existait plus quand elle la lisait.

 

Un vendredi soir, j'arrivai au Forestia comme chaque semaine pour commencer avec elle notre sortie hebdomadaire: le café pour le billard, et la discothèque jusqu'au bout de la nuit.

Elle n'était pas prête. Elle était en larmes. Elle jetait des fringues en vrac dans une valise.

 

Je n'en peux plus, je me casse d'ici, je veux "le" voir. Il faut que je le voie. Je pars tout de suite, je vais à Bordeaux, je prends un train pour Paris. Je n'attendrai pas une minute de plus. Tu ne peux pas comprendre, tu ne sais pas ce que c'est d'aimer.

Elle a dit ça.

C'est Anthony que tu veux voir? Tu ne vas pas partir seule en pleine nuit, c'est de la folie. C'est à Paris que tu veux aller? Je t'emmène.

J'ai dit ça.

 

Nous avons roulé cinq heures. Elle n'a presque rien dit, ses larmes semblaient ne pas vouloir tarir dans ses yeux. Je ne savais pas ce qui avait déclenché ce brusque accès de désespoir, ce besoin subit et irrépressible d'aller à Paris. Je ne savais donc pas ce que je faisais sur l'autoroute à cette heure-là.

 

Elle m'a indiqué une boite du seizième. Il était presque trois heures du matin. Pendant que je cherchais une place pour garer la voiture, elle est sortie sans m'attendre, me laissant comme on laisse un taxi. Quand je suis enfin entré dans le White Star, elle était effondrée dans le hall. Accroupie contre un mur, la tête cachée dans les bras, le visage rougi par les pleurs essuyés de la manche. Deux filles très maquillées et très sexys tentaient sans conviction de la consoler.

 

Tu n'aurais pas dû faire toute cette route…Tu es folle. On t'avait dit d'oublier Anthony, qu'il ne t'attendrait pas. Tu es partie trop loin, trop longtemps. Et puis Sonia lui tournait autour, il fallait que ça arrive. Tu n'aurais pas dû venir, tu vas dormir où maintenant?

 

C'était donc cela. J'avais traversé la France en pleine nuit pour que ma princesse vienne constater de ses propres yeux l'infidélité de son grand amour.

Je m'approchai. Les deux starlettes en paillettes ont levé les yeux vers moi.

C'est qui celui-là?

C'est rien. C'est personne.

Elle a dit ça.

 

Il était presque neuf heures quand je l'ai déposée devant le Forestia. La nuit avait été terriblement blanche car à mon tour je n'avais rien dit. Assommée par son chagrin, elle s'en moquait pas mal.

 

Je me croyais irrémédiablement fâché mais le lendemain soir, quand elle a téléphoné…

 

Laisse tomber Chloé, je ne suis personne, j'ai compris.

 

Oh mon pauvre Hugo, je te demande pardon, j'étais si malheureuse, j'ai dit n'importe quoi. Tu es un amour, je n'ai que toi, emmène-moi danser, il faut que j'oublie. Aide-moi Hugo…

 

Et je suis allé la chercher.

 

Et comme avant, je l'ai regardée danser sous les lasers. Un peu plus maquillée, un peu plus féline que d'habitude. Absolument désirable. C'est pendant qu'accoudé au bar, mon verre de whisky à la main, je la dévorais des yeux, que Stéphane, le moniteur de tennis, s'est approché d'elle. J'ai souri en pensant à la confortable veste dont elle allait l'habiller, ce prétentieux. Mais elle dansait lascivement devant lui, fine, légère, attirante. Il se penchait pour chuchoter des mots à son oreille, des mots qui la faisaient rire. Rien que de voir la bouche de ce prédateur s'approcher de son cou de biche, je frémissais de dégoût, le corps sous tension, prêt à mordre. Et soudain, il a posé ses deux pattes autour de sa taille, l'a attirée vers lui, et sans autre égard, il l'a embrassée. Goulument. Et elle a répondu à ses baisers. Là, sous mes yeux, un insecte s'est posé sur cette fleur et s'en est accaparé brusquement. J'ai lâché mon verre qui s'est brisé sur le sol.

 

Elle se vengeait. Elle se donnait. Pour la première fois depuis qu'elle attisait les convoitises des mâles de  la région, elle se donnait au premier qui passait ce soir-là. Ce bêcheur de Stéphane, ce lourdingue frimeur, ce soir il la touchait, il la goûtait, il l'enlaçait.

J'ai senti une douleur terrible dans ma poitrine, puis dans mon ventre, puis dans mes jambes. J'ai eu envie de hurler.

Mais non, je me tairai puisque je rêve, puisque celle qu'a élue mon suffrage universel n'a pas l'air concernée par les responsabilités qui lui incombent quant à mon équilibre. Regardez-là cette jolie personne qui se trouve si près de moi et qui a l'air d'être si loin…Elle est dans son rêve à elle. Mais comment pourrait-elle être dans des rêves qui m'échappent alors qu'elle remplit déjà tous les miens? Elle s'appuie sur l'épaule de son partenaire, elle sourit, bourreau aveugle. Alors quels mots, quelle littérature compliquée reste-t-il au cœur ruiné de solitude qui la regarde s'épanouir sans rien dire? Quel mime amer que l'indifférence… Quelle torture sourde que ce silence qu'on voudrait rompre, qui me dévore, qui me tue. Où sont les mots qui feraient enfin pâlir l'éclat cruel de ce visage, qui lui feraient verser les mêmes larmes que les miennes? Et elle sourit, elle est satisfaite, elle n'a pas vu que j'avais mal, elle, elle va bien… Perfide aveugle, j'aurais voulu trouver les mots qui auraient fendu tes paupières, mais dans la lumière de tes pupilles je me noie, je n'y suis pas. Et je me tais. Je me tais quand tu plaques sur mes joues ces bises sonores et brèves qui insultent mes sentiments. Je me tais parce qu'aucune parole ne correspond à ce trouble qui me rend fou chaque fois que je pense à toi. C'est-à-dire tout le temps. Pour nous la vérité n'existe pas parce que tu la refuses. Si tu avais voulu, tu aurais tout lu dans mes yeux, c'était flagrant, je te jure. Avec lui d'ailleurs tu n'as pas eu besoin de mots. Lui, il te câline, il te respire, et moi je crève, pauvre fou. Oh oui, je t'avais tout dit dans ces regards que reconnaissent ceux qui s'aiment. Tu me souris…mais t'as rien vu.

 

Pendant des heures interminables, la fumée m'étouffait, les spots de couleur m'aveuglaient, et la douleur, la douleur me tuait. Alors j'ai bu, j'ai bu pour ne plus rien sentir.

 

Elle est venue vers moi. Ne m'attends pas, je rentre avec Stéphane.

Déjà abruti par l'alcool, je les ai regardés sortir.

 

Oh mon pauvre Hugo, tu es un amour, je n'ai que toi.

 

Bien sûr, il allait coucher avec elle.

Alors j'ai bu, j'ai bu pour ne plus rien savoir.

 

 

Elle est passée me voir le lendemain après-midi, comme si de rien n'était. Malgré la douche, les cheveux encore mouillés, et le tee-shirt propre, je n'avais pas encore digéré le coup de massue de la veille. Mais au nom de quoi le grand frère que j'étais aurait-il pu lui faire le moindre reproche? Comment, soudain, aurais-je pu me comporter en mari jaloux, en amant trompé, en amoureux déçu, alors qu'elle ne m'avait jamais rien promis?

 

Ne pouvait-elle cependant pas comprendre? Après toutes ces heures partagées, à la conduire, à l'écouter, la protéger, ne pouvait-elle pas deviner sans que j'ai besoin d'y mettre des mots que si j'étais tour à tour son taxi, son frère, son confident, c'est que j'étais totalement fou d'elle, que si j'étais docile, esclave, serpillère devant elle, c'est parce que chaque seconde passée sans la voir je respirais moins bien, que pour moi il valait mieux être son chien que n'être rien.

 

Ne pouvait-elle pas comprendre?

 

La situation actuelle n'aurait rien dû changer entre nous. Si j'avais été son frère, elle m'aurait raconté les détails croustillants de sa conquête, je l'aurais félicitée de tirer un trait sur cet imbécile d'Anthony qui ne la méritait pas et d'avoir de surcroit mis le grappin sur le plus beau moniteur de tennis de Sèvre.

Mais elle était là, engoncée dans le fauteuil, serrant dans ses bras un coussin. Moi, en face d'elle, allongé sur mon lit, faisant semblant de régler une imaginaire fonction de la télécommande.

Moi, muet, glacial.

Elle, muette, gênée.

Ce qui n'aurait rien dû changer avait tout bousculé entre nous. L'amitié factice dont elle se servait pour être exaucée et dont je profitais pour être auprès d'elle avait volé en éclats.

 

Bien sûr, qu'elle avait compris.

Comme je suis resté lâche jusqu'au bout, j'ai choisi une chanson pour lui parler. J'ai fouillé fébrilement dans mes tiroirs pour trouver mon album de Brassens.

 

Jamais sur terre il n'y eut d'amoureux

Plus aveugle que moi dans tous les âges

Mais faut dire que j'm'étais brûlé les yeux

En regardant de trop près son corsage

Une jolie fleur dans une peau d'vache

Une jolie vache déguisée en fleur

Qui fait la belle et qui vous attache

Puis qui vous mène par le bout du cœur…

 

Elle a souri sans surprise. Elle assumait.

 

Un peu plus tard, elle s'est levée et a fouillé à son tour dans les tiroirs. Elle a programmé une chanson, puis elle est partie.

 

Puisque l'ombre gagne, puisqu'il n'est pas de montagne au-delà des vents

 plus haute que les marches de l'oubli,

Puisqu'il faut apprendre à défaut de le comprendre, à rêver nos désirs

 et vivre des ainsi soit-il…

Et puisque tu penses comme une intime évidence que parfois

 même tout donner n'est pas forcément suffire,

Puisque c'est ailleurs qu'ira mieux battre ton cœur,

 et puisque nous t'aimons trop pour te retenir…

Que les vents te mènent où d'autres âmes plus belles

sauront t'aimer mieux que nous

puisque l'on ne peut t'aimer plus…

 

C'est la seule fois que j'ai pleuré.

 

 

Quelques semaines plus tard, alors que nous avions passé la soirée chez Ludivine sans nous approcher, sans nous dire un seul mot, elle m'a demandé de la raccompagner chez elle. Comme avant.

C'est là que c'est arrivé.

Je ne sais plus depuis combien de temps nous étions arrêtés sur cette petite place, ni même pourquoi nous avions garé la voiture devant cette église, en pleine nuit. Peut-être pour écouter tomber la pluie, pour regarder les fragiles dessins que les gouttes dessinaient sur le pare-brise et que les phares que nous n'avions pas éteints rendaient phosphorescents. Une compilation de slows tournait sans discontinuer et remplaçait nos voix éteintes.

Les yeux perdus très loin de moi, elle écoutait la musique.

Je regardais inlassablement son fin profil, le doux battement de ses cils sur ses prunelles claires, je guettais le léger souffle qui s'échappait de ses lèvres entrouvertes et le mouvement régulier et presque imperceptible de sa poitrine. Je la connaissais si bien qu'il me semblait entendre les battements de son cœur. Elle ne disait rien, et la nuit et la musique nous enveloppaient de leur magie secrète et fragile. Nous étions seuls au monde. Je ne me demandais pas ce que nous faisions à cette heure-là sur la place de ce village endormi. Elle, elle savait.

Elle s'est tournée vers moi et un bref instant j'ai vu son visage hésiter entre les larmes et le sourire. Elle a souri.

Lentement, son visage s'est approché du mien. Incrédule et maladroit, tétanisé par l'émotion, je regardais ces yeux si tendres, si doux et soudain si lucides, devenir coquins comme s'ils me disaient " Je sais ce que tu veux, je l'ai toujours su".

Ses lèvres se sont doucement accrochées aux miennes et pendant un instant nos souffles se sont mélangés, cherchés, caressés, tandis que mon cœur éclatait dans ma poitrine. Sa bouche s'est alors faite plus pressante, plus gourmande, et j'ai osé glisser mes bras autour d'elle pour la rapprocher encore, pour la serrer un peu plus fort, pour l'embrasser de toute la passion qu'elle inspirait, qu'elle réveillait, qu'elle attisait. Elle a enjambé mon fauteuil pour se lover tout contre moi, elle a posé ses hanches sur les miennes, glissé ses mains dans mes cheveux et a reculé son visage pour me sourire, pour observer le mien qui rougissait encore, car je me sentais devenir fou contre ce corps tant désiré qui s'offrait enfin. Elle ondulait contre moi et je goûtais sa bouche avec avidité, et je la serrais fort, fort à m'en étouffer. Je ne pensais plus, je ne pouvais plus, je n'étais plus qu'un immense désir urgent et maladroit. Je laissai mes mains courir sur son corps, cherchant sa peau sous le tissu, vif et pressant comme si j'avais peur qu'on me la prenne. Elle m'a aidé à enlever sa robe, et je l'ai sentie là, douce, câline, enivrante. J'ai embrassé son cou, ses épaules, ses bras, chaque centimètre de la peau tant espérée. Quand sa main est venue dégrafer la boucle de ma ceinture, j'ai soupiré de surprise et de plaisir, heureux, abandonné, amoureux fou. Elle s'est soulevée lentement et j'ai senti que j'entrais en elle. Alors le visage plongé dans son cou, ivre de trouble et de désir, je lui ai offert tout l'amour de la terre.

 

Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Je me suis couché sur mon lit tout habillé, les mains croisées derrière la nuque, et j'ai revu le film défiler dans ma tête des centaines de fois. Mon cœur battait à tout rompre, et je sentais que quelque chose en moi avait changé pour toujours. Dans mon corps d'abord, mon corps chaud et palpitant sur lequel ma peau était tendue de bonheur et de fierté, prête à exploser, à montrer à tous sa victoire. Dans le noir silence de ma chambre, j'entendais encore la musique qui nous entourait, ces slows poignants qui m'avaient tant fait souffrir quand elle les dansait au bras des autres. Ce soir ils avaient été pour nous seuls, ces slows de tous les amoureux du monde. Et puis je la revoyais, elle, ma puce, ma déesse, ma folie, je mordais mes lèvres et je fermais les yeux très fort pour capturer son image, la savourer, la contempler, la respirer à m'en étourdir.

Et dans cette nuit triomphale, pas un seul moment je n'ai pensé pouvoir la perdre. Je l'avais trop attendue.

 

 

Samedi matin, jour nouveau, grand soleil sur Sèvre.

Quand j'arrive devant le Forestia, je découvre Stéphane tirant de toutes ses forces sur une cigarette qu'il jette ensuite, à peine entamée, dans le caniveau. Il est nerveux, il est furieux.

J'imagine tout de suite quelles paroles de Chloé ont pu le mettre dans un tel état. Le beau gosse n'a pas coutume d'être évincé. Je m'approche, il parle, il me parle, mais on dirait qu'il parle tout seul.

 

J'y crois pas…Partie. Elle est partie. Sans prévenir personne. Rien. Pas un mot. Tu savais toi, qu'elle allait partir?

 

Partie? Comment ça partie?

 

Ah voilà, tu ne savais pas non plus. Entre. Demande à son père.

 

Ah Hugo, je vais devoir t'expliquer aussi n'est-ce pas? Elles sont parties, Hugo, toutes les deux, au petit matin. Elles avaient fait leurs valises, pris leur décision. Je n'ai rien pu faire pour les retenir. Que veux-tu? Elles ne voulaient pas de cet endroit, je les ai forcées à venir, j'étais plein d'espoir, je pensais que la vie serait meilleure ici, qu'on y vivrait mieux qu'à Paris, je voulais relancer le Forestia, en faire un cocon pour elles mais je ne les ai pas écoutées. Elles, elles voulaient leurs magasins, leurs cinémas, leurs copines…Ah, il ne faut pas contraindre une femme, sinon elle s'en va…Elles ont essayé, je pense, pour me faire plaisir, mais elles n'ont pas pu. Elles n'étaient pas d'ici, ce néant vert, ces rues trop vides, c'était pas pour elles… Maintenant Jeanne veut divorcer, elle est partie chez ses parents à Paris, voilà, Paris, c'est ça qu'elle voulait…Et Chloé ne s'est pas faite prier pour suivre sa mère. En moins de deux elle a emballé ses affaires, je ne l'avais pas vue avec un tel sourire depuis longtemps…

Ah Hugo, je voulais faire leur bonheur et je les ai perdues toutes les deux…

 

Pendant que l'hôtelier désespéré soliloquait, je suis sorti sur le trottoir reprendre un peu d'air.

Elle était partie.

 

Stéphane exprimait encore sa colère.

Quelle garce…Elle séduit son monde et puis elle quitte le navire. Quand je pense que j'ai rompu avec Elsa pour elle ! Et toi, qui étais toujours avec elle, elle ne te dit même pas au revoir…

 

Oh si.

 

 

Puis un jour elle a pris la clé des champs

En me laissant à l'âme un mal funeste

Et toutes les herbes de la Saint Jean

N'ont pas pu me guérir de cette peste…

 

 

Voilà Chloé, c'est mon message.

Si je l’envoie sur la toile, il se pourrait bien que de fil en fil il tombe dans la tienne, un document transmis parmi des centaines, alors tu l’ouvrirais par simple curiosité, tu y jetterais un œil distrait, qui s’accrocherait, le cœur battant, et puis tu te demanderais, de ligne en ligne, si c’était lui, si c’était moi, ça me rappelleMais non, voyons, c’est pas les mêmes noms, c’est pas la même ville, c’est une coïncidence, c’est juste une histoire, même si elle nous ressemble, et tu dirais c’est drôle, j’aurais bien pu l’écrire, ce mail qui me souvient…

J’aurais bien pu l’écrire cette histoire d’un cœur qui se meurt pour un autre, d’un regard qui rend belle et qui donne confiance, de ta souffrance immense qui m’aurait fait grandir, j’aurais pu tout écrire,  faire croire que c’était toi…

Si je l’avais écrit, j’aurais voulu te dire que jamais sous ce ciel on ne m’a tant aimée, que ceux qui m’ont touchée ne m’ont pas méritée, que j’ai beaucoup pleuré, peut-être autant que toi, que j’ai essayé d’oublier, j’y suis presque arrivée, et puis un soir…

J’avais envie d’écrire, mais pas trop d’inventer, je portais dans mon cœur une si belle histoire, celle qui m’a rendue femme, celle qui m’a appris qu’on pouvait tant m’aimer, celle grâce à laquelle je n’ai jamais renoncé. Parce que tu m’as montré, et juste avec tes yeux, tout ce que je valais, et que je valais mieux que toutes les histoires qui ont suivi après. J’étais ton diamant brut, et je le savais bien, et toi tu m’aimais trop, moi je t’aimais juste bien. Je ne t’ai rien donné, qu’un bref adieu pour te demander pardon d’avoir trop profité de ce que j’inspirais, sous une nuit de pluie, et tu ne l’as pas volé. Mais toi tu m’as donné bien plus que ce que j’avais vu, ce si brave amoureux mené par le bout du nez, par une jolie fleur dans une peau de vache, tu m’as donné la preuve que l’amour existait, et que c’était moi celle qui pouvait l’inspirer.

 

Je sais que je m’égare, j’ose penser pour toi, je suis même fou de croire que ce mail te trouvera, il sera lu par d’autres qu’on aura moins aimées, ou alors tout autant, si c’est possible, si c’est vrai.

Mais si ces mots te rencontrent, toi seule pourras savoir qui a vraiment écrit, ce qu’on a vraiment dit, ce qu’on a vraiment fait. On embellit toujours les histoires qui sont belles, celle-ci reste un rêve qui n’a pas commencé. Elle est un post-scriptum , cette fois le dernier, c’est le mot de la fin, celui que tu ne lisais pas, pour te dire comme avant, alors que tu es loin, tu es ma belle histoire, celle que je n’ai pas vécue, tu es mon cruel silence, parce qu’on ne m’aurait pas cru. Pardon d’avoir écrit pour que d’autres le sachent, pour eux c’est une histoire, alors ils l’oublieront. Moi je n’ai jamais pu, même si j’ai grandi, oublier deux yeux clairs où je m’étais noyé, une nuit sous la pluie où tu t’es envolée.

 

 

J' lui en ai bien voulu mais à présent

J'ai plus d' rancune et mon cœur lui pardonne

D'avoir mis mon cœur à feu et à sang

Pour qu'il ne puisse plus servir à personne

 

 

 

 

                                                                  

Par Audrey VENIEN - Publié dans : Nouvelles
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  • Audrey VENIEN
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  • J'ai soufflé ma 36ème bougie, je suis mariée, heureuse maman de deux bouts de chou de 11 et 8 ans, professeur de français, passionnée de lecture,théâtre, cinéma, voyages, collectionneuse de cartes postales, et auteur amateur pour le plaisir..

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